Cela fait 25 ans que j’ai découvert l’escalade. J’ai commencé sur le tard comme on dit, mais j’ai accroché tout de suite, cela a été un véritable coup de cœur.

Comment définirais-je ma passion pour l’escalade, comment y mettre des mots ? Je me suis rendu compte en essayant de structurer cette contribution que c’est une question très intime, presque intimidante. Un exercice qui s’avére au premier abord être une évidence, est en fait une vraie question à se poser et à partager, pour mettre des mots à son attachement et donc en filigrane décrypter son engagement.

Je vais commencer par vous expliquer mon parcours pour illustrer mes Escalades.

Mon parcours d’escalade

Grimpeur de niveau modeste, dans le 6, en rapport avec les niveaux de difficulté atteint à l’heure actuelle, je me définis comme le grimpeur lambda qui est tombé dans la “marmite de l’escalade”. Cette passion de l’escalade m’accompagne tout au long de ma vie en variant les formes de pratiques suivant ma disponibilité :

 

  • Des périodes d’entrainement sur “résine” en club avec l’envie de progresser et objectivement, avec le temps, surtout pour garder un état de forme permettant de continuer à m’évader en falaise avec un peu de marge :-). Des moments de partage, de convivialité, de pratique urbaine qui peuvent être facilement insérés dans nos vies déjà bien chargées et avec un volume d’activités à géométrie variable suivant mes disponibilités.
  • Des grimpes régulières en falaise, sous le soleil, entre amis ou en famille. Des petits projets à réaliser, tout est prétexte pour retrouver les sensations si particulières de grimper sur du vrai rocher. J’aime découvrir de nouveaux sites, être surpris par l’ambiance, l’orientation, le style de grimpe, partir à la découverte des styles d’ouverture. Il n’y a pas un site qui ressemble aux autres. Quel terrain infini de jeu que nous offre ces falaises ! Je suis autant touché par les falaises elles-mêmes que par leur cadre et leur ambiance.
  • Quelques petits essais d’alpinisme durant mes années grenobloises. Mais je ne suis pas très à l’aise avec la neige, pour un Breton, ce n’est pas très étonnant ! J ai préféré alors quelques essais en glace, en cascade de glace et goulotte où je retrouvais mes sensations de pur grimpeur. Finalement, je n’ai pas persévéré dans cette voie, ne me sentant pas à l’aise avec les composantes de la haute montagne. Un manque de confiance sans doute et un manque de pratique.
  • Mon vrai coup de cœur, est l’escalade en grandes voies. J’adore cela ! Cette sensation de liberté, d’aventure, d’engagement au contact de la nature. Cette idée d’être comme un lézard au milieu de nulle part dans un lieu fort improbable, où la verticalité et le minéral dans sa forme la plus brute, nous imposent humilité et de faire corps avec cette nature. J’ai des souvenirs inoubliables du Verdon, des Calanques, des Riglos, des Ecrins, du Vercors et depuis quelques années des grandes parois de Haute Savoie, où je suis domicilié, véritable jardin en grandes voies abordables.
  • Ce parcours serait incomplet sans évoquer que l’escalade m’a fait découvrir l’engagement bénévole. C’est une formidable école de la vie, pas si facile que cela, mais qui est fortement enrichissante. Je la conseille à toute notre jeunesse, je dois beaucoup à ces expériences. Parfois même dans l’excès, cet engagement m’a fait vivre l’escalade par procuration : Plutôt que de grimper, j’organisais la grimpe des autres… mais c’est cool :). Bénévole une fois, on y revient toujours : dans la présidence de club, dans l’encadrement d’activités, dans l’organisation de compétition locale mais aussi européenne, et plus récemment dans la création du collectif Grimpe Outdoor.

Ma passion pour l’escalade

Je pourrais décrire mon attachement à l’escalade en sept points, bien sûr interconnectés, mais faisant référence chacun à un des aspects de la pratique :

L’escalade, une activité physique complète et subtile

L’escalade est une activité physique complète mettant en mouvement l’ensemble de son corps et de son esprit. Un fin dosage entre la force, l’endurance, la coordination, la lecture, l’anticipation, la maîtrise de tout son soi. Une manière de se connecter à son corps et aux éléments.

 

D’autant qu’avec le temps, l’âge, l’escalade demande plus de finesse plus d’intelligence pour déjouer nos limites et continuer à se faire plaisir.

 

C’est mon sport de cœur, je pourrais y passer tout mon temps libre, il ne me demande pas beaucoup d’effort pour me motiver à le pratiquer et il m’apporte une certaine satisfaction personnelle quand j’ai fait une belle séance et son corolaire, me donne la détermination de faire mieux la prochaine fois en sortie d’une séance peu inspirante.

 

Vous ne pouvez pas imaginer le nombre important de cycles que j’ai pu vivre au cours de ces années alternant, périodes de grimpe assidue avec un objectif de progression suivies par des périodes de faible grimpe en raison de d’autres priorités, que sont mon travail, ma famille ou mon engagement bénévole. Je sais à chaque interruption que j’y reviendrais et cette pensée m’apaise. Les retours sont toujours difficiles, mais le plaisir revient vite.

L’escalade, mon aventure et mon domaine de liberté

Souvent cataloguée dans l’imaginaire collectif comme un sport extrême, je peux vous dire qu’il n’en est rien dans les formes de pratiques qui constituent mon terrain de jeu. Cela reste un engagement modéré pas du tout extrême, sans doute coloré uniquement de mon aventure personnelle. Cette aventure personnelle, un peu comme un chemin initiatique, est en partie alimentée par la littérature sur l’escalade dont je suis friand : Les exploits et l’engagement hors du commun de falaisistes qui ont élevé l’escalade au rang de mode de vie.  Plus que leurs exploits sportifs eux même, c’est leur mode de vie, leur parcours qui me parlent et me touchent.

 

Quant à cette notion de liberté, qui est forcément très relative et ne relève que d’un vécu personnel, je me sens libre et vivant, en plein milieu d’une grande voie, dans un milieu improbable mais que j’ai choisi, qui est encore sauvage et avec de discrètes marques de passage humain. C’est aussi, mon “fun” à moi, d’être dans cette quête de l’inutile, du futile aux yeux des autres, mais qui me définit tellement.

 

Je ne crois pas à la liberté dans l’absolu. Tout à un prix, tout est question de choix et derrière chaque espace de liberté des d’acteurs invisibles ont payé le prix pour nous permettre cet espace de liberté. Il faut donc comprendre la valeur de notre patrimoine qui nous est légué et amener sa pierre à l’édifice pour le préserver.

 

Le rapport à la verticalité

La verticalité est exigeante ! Même si grimper relève d’un jeu d’enfants, l’ingéniosité des parcours, la richesse infinie de la nature, fait que s’élever est toujours un défi et relève d’une certaine exigence. C’est aussi ce qui me fascine : Ce côté presque déraisonnable, bien souvent improbable au premier regard.

On ressent quelque chose de très particulier face à cette verticalité, il suffit de regarder l’émotion de tout un chacun face à des photos d’escalades ou mieux encore d’un film qui marque toute une génération.

 

La verticalité nous impose d’être humble, à l’écoute de notre état de forme et de notre envie de nous dépasser dans le moment présent. Les échecs étant les prérequis de nos succès à venir. Quitter le plancher des “vaches” demande toujours une forme d’engagement et de sortir de sa zone de confort.

En y réfléchissant, cela doit être la même sensation qu’éprouve  le navigateur en haute mer, quand il quitte la terre ferme et prend le large !

Le minéral, le contact du rocher

Le minéral, un émerveillement de beauté. Ces cathédrales minérales qui démontrent toute la beauté, la rudesse et la fragilité de la nature m’apaisent et éveillent mes sens : Je me suis surpris à pouvoir passer un long moment à observer une paroi, en deviner les zones de faiblesses. Juste rêver, imaginer son ascension en sachant très bien que pour les plus sauvages d’entre elles, je ne les parcourrais sans doute jamais. Il en va de même lorsque je me surprends en cours de randonnée de printemps, marquant la fin de ma pause hivernale de fréquentation des falaises, à saisir la moindre opportunité de contact de rocher et de le réapprivoiser du bout de mes doigts pour en ressentir le contact, en lire les préhensions.

Ce côté abrupt de la nature, donne une certaine forme d’authenticité, de profondeur à l’activité. J’ai toujours été frappé par la différence de ressenti que l’on peut avoir en voyant quelqu’un grimper en site naturel ou en mur artificiel. Il n’y a qu’à voir que l’on se souvient de forts grimpeurs par leurs exploits en falaise et assez peu en compétition, ce qui ne réduit en rien la difficulté, et la démonstration de performance que cela représente. On peut d’ailleurs faire le même constat concernant la nature du site : Les voies d’escalades tracées sur murs artificiels sont éphémères, non nommés, et leur notoriété ne dépasse pas un petit cercle d’initiés locaux le temps d’une saison. Alors qu’il en est tout autre des voies en sites naturels : Elles intègrent, pour une grande majorité, le patrimoine légué aux générations futures, elles ont un nom de baptême inspirant, et on en parle comme des œuvres bien au-delà du cercle local de pratiquants. « Nommer c’est commencer à s’approprier » … c’est commencer à aimer.

La présence de sommets et le contact tactile du rocher participent à mon équilibre et me permettent de me ressourcer.

L’escalade, moyen de connexion à la nature

C’est sans doute, une des facettes qui me fait tant aimer l’escalade. C’est la clé qui me permet de me connecter et ressentir la nature, d’être en éveil, d’être respectueux, d’être humble et m’émerveiller de la ressentir du bout du doigts. C’est sans doute la même sensation que d’autres retrouvent dans différentes activités de pleine nature. Pour moi, c’est résolument l’escalade qui me touche et me rend sensible à la nature, me connecte et me fait ressentir tant à la fois la richesse mais aussi l’extrême fragilité de notre nature.

La rencontre, le partage, la cordée

C’est un beau trait d’ union avec les autres. L’escalade me rend sociable. Discuter, s’ouvrir, s’enrichir de moments, de vrais moments partagés. Faire cordée ce n’est pas rien, cela demande de la confiance, une certaine complicité. On vit quelque chose ensemble, et que dire des chouettes moments de partage que constituent la préparation d’une sortie, la marche d’approche, les échanges aux pieds des voies à bâton rompu, et l’inévitable débriefing gratifiant qui conclut une bonne séance de grimpe et que l’on fait sur le chemin du retour.

L’escalade, une culture, un milieu

Et pour finir, l’escalade représente pour moi une famille, un milieu que j’affectionne. J’y fais de magnifiques rencontres, de très beaux simples et authentiques moments de partage. Je suis incapable, pour être totalement honnête, de savoir si cela provient des personnes mêmes ou si c’est ma passion, notre passion commune qui me fait le vivre comme cela. Mais cela me va très bien ! Il n’y a pas de bon endroit où être, il y a juste un endroit où l’on se sent bien.

 

J’aime l’escalade, c’est ma famille.

Et les falaises mon repère.

Ludovic

Témoignages de la communauté

 

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Parce que nous, le collectif, c’est vous, nous avons souhaité vous donner la parole pour, avec vos mots, témoigner de votre Amour pour l’escalade.


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