Je me souviens, de cette rencontre, dans un de ces bateaux à touristes qui à l’époque avait le droit de déposer les grimpeurs dans la calanque d’En-Vau. J’étais assis au milieu de mon groupe de clients, sac sur le dos et cordes débordantes. Lorsqu’un vieux monsieur aux cheveux blanc paraissant avoir plus de 80 ans s’approcha de moi.

« tu verras, ça, tu le perds ».. « mais ça tu le garderas »

Il me questionna « tu es guide ? ». Je lui répondis qu’effectivement, j’étais guide et je vis alors dans son regard un peu triste une lueur s’allumer. J’y lus son amour des calanques, du rocher et de l’escalade qui l’amenait en simple touriste dans ce bateau. Il me dit alors, montrant le biceps de son bras plié comme un hercule de foire : « tu verras, ça, tu le perds », puis portant son index à son front « mais ça tu le garderas ». Puis il développa son discours : « tu verras, la maîtrise de ta peur, l’anticipation, l’intelligence de gestion de la prise de risque, la compréhension de ton environnement, du rocher… Ça reste ! ».

Le bateau aborda dans la calanque, nous avions quelques secondes pour débarquer. La conversation s’arrêta là, si brève, si improbable, si imprévue qu’hébété, suivant le mouvement de mes compagnons, je sautais sur la plage sans réaliser que j’en serais jamais plus sur ce vieux monsieur, ni son histoire, ni son nom, ni sur son discours. Ce souvenir qui remonte à une trentaine d’années reste en moi comme un instant de grâce et de vérité.

J’ai pratiqué l’escalade sous beaucoup de formes différentes

J’ai pratiqué l’escalade sous beaucoup de formes différentes, sportive et de performance dans les années 1975/80 avec Alain Robert , comme équipeur de couenne avec les premières chevilles de 10 mm prototype de chez Spit avant 80, depuis 1985 dans de grandes courses en haute montagne comme guide, sur les cascades de glace dès 1980, j’ai ouvert une salle de pan en 85, avec Patrick Berhault en danse escalade dans les année 90, comme ouvreur pour les coupes du monde d’escalade sur glace au début des année 2000, , comme ouvreur de voie du bas, en solo… Sur les falaises de craie de Douvres, le grès de Jordanie, le mixte Écossais, les glaces d’Islande et d’Amérique, en coinçant des nœuds en Bohème, sur l’herbe gelée du Vercors et d’Auvergne, en organisant le Festi-dry ancêtre des contests de dry tooling actuels, en participant à la mise au point de matériel, en siégeant à la CDESI de mon département… J’ai eu la chance de rencontrer, côtoyer et parfois partager des moments de grimpe avec quelques figures marquantes de notre milieu : Ueli Stech, Erhard Loretan, Yannick Seigneur, Sonia Livanos, Will Gadd, Helias Millerioux, Serge Coupé, Christophe Moulin, Catherine Destivelle, Valery Babanov, Steve house, Marck Twight, Barney, Pschitt, Steave Haston, Jean-Claude Droyer, ….. Tant et tant qui m’ont ouvert sur tant d’histoires, de vies et de formes d’escalades différentes

Et comme mon interlocuteur de la calanque d’En-Vau, je suis persuadé que le coté sportif n’est qu’une partie réduite et éphémère de l’escalade. Que l’escalade est un jeu à handicap, à chacun de choisir le sien, peu importe le style, le support… La seule certitude est que dans tous les cas on en sort grandi.

Témoignages de la communauté

 

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