Malgré la communication de la FFME se voulant rassurante, l’exemple des Calanques est la preuve que la situation des falaises liée au déconventionnement est explosive.

Retour sur une actualité brûlante symptomatique des risques qui planent sur nos falaises.

Car oui, la nouvelle a fait boom ce 8 juin, dans un communiqué laconique, le département des Bouches du Rhône interdisait l’escalade sur son domaine ! La raison écrite noire sur blanc : la dénonciation de la convention par la FFME, soit une partie conséquente des Calanques ! 

Rocher des Goudes, Paroi Jaune, Grotte de l’Ermite, etc. un pan entier de  l’histoire de l’escalade française s’écroulait. Des secteurs emblématiques “disparaissaient”, théâtres des exploits des pionniers à partir de 1900, témoins de l’évolution des pratiques. On peut imaginer que Rébuffat ou Livanos ne savent plus dans quel sens se tourner.

On nous avait promis que le déconventionnement ne provoquerait aucune interdiction… Pour le coup ça commence fort… quelques semaines seulement après l’annonce, un spot mondialement connu, un des plus gros de France en nombre de longueurs, part à la trappe.

Une annonce catastrophique pour les amoureux des Calanques en particulier et de l’escalade en général, suivie le lendemain par une annonce de l’ONF prenant la même décision que le département ! Là, le domaine est encore plus grand, adieu Sormiou, Morgiou, en Vau… La liste est longue… Les deux tiers des voies sont désormais concernés. Et quand des acteurs de cette envergure prennent une telle décision, le risque est fort que les autres  propriétaires suivent la tendance.

Heureusement, la mobilisation générale et la réaction des responsables locaux ont su être à la hauteur de l’événement. L’ampleur du mouvement a su montrer l’attachement viscéral des grimpeurs à ce terrain de jeu. Dès le lendemain, la décision était revue. L’escalade resterait autorisée pour le moment, moyennant une reclassification de toutes les voies en terrain d’aventure.

Malgré l’évident soulagement lié à ce revirement, plusieurs questions demeurent :

  • L’issue est heureuse pour les Calanques, grâce à la mobilisation immédiate d’une très importante communauté de grimpeurs. Nous parlons là de milliers de voies, d’un site de renommée  mondiale, aux portes d’une des plus grande ville de France. L’issue aurait elle été la même  pour un site plus confidentiel ?  
  • Le fait de reclasser les voies en TA est une solution transitoire permettant de continuer à grimper, mais interdit de fait l’encadrement de groupes par les titulaires de diplômes excluant les milieux spécifiques, même dans les sites purement école.

Ironie du sort, ce seront les sorties “club”, le plus souvent affiliés à la FFME, qui verront leur pratique la plus affectée.

Comment est il possible qu’un organisme aussi important que l’ONF n’ait pas de consigne nationale relative au déconventionnement ? Aucune négociation préalable n’a eu lieu ? Peut-on imaginer les conséquences si un acteur comme celui-ci  décide de s’opposer à notre pratique au niveau national ?

Comment la FFME peut elle communiquer (pour tenter d’éteindre l’incendie) sur le fait que l’escalade n’ait jamais été interdite alors même que les acteurs locaux qu’ils ont missionés sont en pleine négociation ? Pourquoi mettre la pression pour que les responsables locaux agissent s’il n’y avait aucun risque (et quelle façon de les remercier) ? Le sommet étant atteint lorsqu’on ose nous expliquer que rien n’a été interdit, seulement non autorisé… pour que vous puissiez vous faire une idée, on vous cite la phrase in extenso du mail départemental… «Le Département ne peut donc plus autoriser depuis le 01 janvier 2020 les personnes pratiquant l’escalade à pénétrer et à exercer cette activité sur ses espaces naturels sensibles»… textuellement… on suppose que, comme nous, vous aurez compris le sens du message… Appelez ça interdit ou non autorisé si vous voulez, le résultat est globalement le même, on ne peut plus y aller, non ?

Enfin, cette position des propriétaires reste provisoire et vise à trouver une solution pour ne pas interdire brutalement la pratique. À cette occasion, les instances officielles auront fait preuve de plus de bonne volonté que la direction nationale de la FFME !!!

Le “boulet” de l’interdiction des Calanques est passé juste au dessus de nos têtes, sans trop de dégâts pour cette fois. Le signal est fort, il est urgent de revoir de manière globale la préservation de notre patrimoine de falaise. Mais cette préservation passe par la remise en question complète de la politique nationale, promue par une équipe de direction de la FFME déconnectée du terrain.

0 Partages