J’ai 54 ans et mon désir infini d’escalade s’exprime dans mon corps dont les limites, elles ne sont pas infinies. La bienveillance ne suffit plus à mon corps. Je dois apprendre à être encore plus doux avec lui car c’est mon premier compagnon de vie, ma première planète.

Je grimpe à la rechercher de l’état de grâce, ce moment dans lequel je ne pense plus. Je suis dans un état d’avant l’existence de la pensée. Mon corps totalement engagé dans le mouvement devient libre sur la paroi. Je me suis libéré du poids de mes pensées. Je ne suis plus qu’un mouvement.

Mais je vis dans la civilisation de la conquête dont la devise est « en haut c’est bien, plus haut c’est mieux ». Je reste encore pollué par des pensées de réussite, de cotation, de progression, de grimper coûte que coûte en tête, de se dépasser, d’aller au-delà de soi, de vaincre ses peurs à chaque voie, d’être si polarisé sur un objectif que je ne vois plus mes compagnons de cordée. Je subis la solitude du conquérant. J’exagère mais je suis fatigué de cette éthique de l’Escalade Libre dont j’ai été un missionnaire. Je veux me libérer de ces règles imaginaires. Je me suis aperçu que je n’étais pas seul et que beaucoup de grimpeurs n’osaient pas ce pas de côté.

Alors je pratique l’Escalade Libérée dans laquelle le plaisir est mon sommet.

Si j’ai trop peur je peux prendre la dégaine.

Si je sens un mouvement tendineux je peux mettre un pied sur un point d’assurage.

Si je suis en confiance je peux sauter un point d’assurance.

Je peux grimper en moulinette une partie de la voie parce que les gestes techniques de mousquetonnages sont très difficiles.

Je peux revenir plus tard car les conditions météo, relationnelle ou corporelle ne sont pas bonnes.

Je peux mixer plusieurs voies et choisir ma voie.

Je peux escalader et désescalader.

Je ne suis pas obligé de progresser en faisant des voies plus difficiles, je peux progresser dans une voie facile en choisissant une difficulté que je me donne à moi-même.

Je peux jouer avec mon assureur comme contrepoids pour explorer des mouvements trop difficiles.

Je ne compare mon escalade ni à mes jeunes années ni à la dernière sortie d’escalade ce qui serait une source de souffrance.

J’aime toujours m’engager à fond dans une ascension mais je n’ai pas le droit de me faire mal. Je ne veux plus me dépasser, je cherche plutôt à m’incarner. Je suis à l’écoute de mon corps de ses limites. Sentir la limite entre prendre la prise et tirer sur la prise. Souvent mon corps me prévient, il y a des jours je ne me sens pas bien. C’est surtout dans ces moments-là que je ne dois pas forcer. Sinon je risque la blessure. J’ai une escalade durable.

Ma volonté n’est pas porter dans la réussite mais l’écoute mon corps. Mon corps est mon guide.

Voici quelques aphorismes qui me portent :

« Je me libère du poids de l’esprit compétitif et je m’encorde avec le monde.

Je vie la journée d’escalade comme elle vient. Pouvoir grimper est un cadeau de la vie. Je n’ai pas d’objectif à n’importe quel prix. Je grimpe sans sommet.

J’aime suivre l’appel d’une voie d’escalade. Je grimpe une voie, je ne grimpe pas une cotation.

Mon assureur me porte par sa concentration et m’encourage à être meilleur. C’est l’émulation.

Je grimpe avec de multiples compagnons de cordée sans discrimination de sexe, d’âges, de taille, de poids ou de niveau…

Le partage est notre sommet.

Le sommet est une voie sans issue et la descente n’est pas indécente.

La liberté de l’escalade est dans ses possibilités de réinvention.

Chacun invente sa voie.

Bonne grimpe

Verticalement

Antoine Le Menestrel

Témoignages de la communauté

 

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