Je suis venu à l’escalade par l’alpinisme. C’était d’abord un amour de la montagne, des paysages, du calme, de la nature.

Cette passion ne m’a pas quitté puisque après plus de 40 ans de pratique, c’est presque exclusivement en sites naturels que je pratique l’escalade. Rapidement, l’escalade est devenue une activité de nature bien plus attrayante que d’autres : l’aspect aérien qui crée des impressions que peu d’autres activités peuvent donner, l’aspect technique où l’on peut toujours progresser (trouver les méthodes d’une voie jamais gravie, trouver ses propres méthodes d’une voie dont la méthodes des autres ne convient pas), la variété infinie de la succession des mouvements, la variété du type de rocher, la variété des prises, la variété des couleurs du rocher.

Peut-être aussi un petit côté “asocial” dans le sens d’une activité qui sortait de l’ordinaire (d’autant plus avant l’invention des salles d’escalade). Puis est venu en plus du reste l’aspect sportif : essayer de se surpasser pour enchaîner une voie ou parfois tout simplement arriver en haut, un surpassement qui peut être physique et/ou mental.

 

J’aime la grimpe « à vue », qui demande de lire le rocher, de chercher l’itinéraire, de l’intuition. J’aime la grimpe « après travail », qui permet de rechercher le mouvement parfait.

 

J’aime ouvrir des voies. Pour moi c’est une sorte d’art, un travail esthétique. D’abord repérer une ligne possible qui attire l’œil. Ensuite chercher un itinéraire logique et naturel, s’adapter à ce que la nature nous à mis à disposition.

 

J’aime rééquiper des voies, tout gardant l’esprit des ouvreurs, afin de redonner le goût aux grimpeurs de grimper des voies en cours d’abandon, ou bien pour optimiser l’emplacement des points et parfois aussi pour l’esthétique d’un équipement homogène.

 

L’escalade est aussi personnellement devenue un peu plus un espace créatif quand j’ai commencé à réaliser puis améliorer des topos. Une deuxième passion intimement liée à l’escalade. Il en faut de la passion pour réaliser un travail aussi énorme, le but étant de proposer aux grimpeurs des ouvrages informatifs, justes, pratiques à utiliser, tout en essayant de garder un aspect esthétique et aussi, très important, avoir du financement pour que les équipeurs et rééquipeurs des secteurs couverts par ces topos ne payent pas le matériel.

Pour une information juste, il faut grimper la quasi totalités des voies décrites en notant toutes les informations au fur et à mesure, qu’elles soient belles ou non, ce qui m’a permis de découvrir beaucoup de voies, parfois seul en couennes, que je n’aurais sinon jamais grimpées, et certaines fois c’était un peu la corvée ! Le travail de rééquipement est venu de ce travail de découverte.

Même le travail sur le terrain, hors grimpe et rééquipement, est loin d’être négligeable. Par exemple prendre une photo de falaise pour pouvoir y dessiner les voies : d’abord repérer depuis la falaise où il va falloir se mettre, en face bien sûr, parfois de l’autre côté de la vallée à plusieurs kilomètres, trouver quelques fois la clairière en pleine forêt bien raide avec des barres rocheuses ou bien attendre pendant une heure ou deux que ce sacré nuage mal placé s’en aille ! Dans certains cas il ne faut pas rater une rares journées éligibles : grand beau temps au printemps avant que les feuilles ne poussent et alors que la neige à fondu et un jour où il n’y a aucune autre obligation comme travailler par exemple ! Il faut souvent une journée pour prendre une seule falaise en photo et il m’est parfois arrivé d’y retourner quand le résultat n’était pas satisfaisant. Ensuite il faut grimper les grandes voies avec la photo dans la poche pour éviter les erreurs car la mémoire est mauvaise conseillère !

Autre exemple, le dessin de falaise quand il n’est pas possible d’avoir une photo satisfaisante de la falaise, surtout quand il y a des arbres devant. Un dessin permet en outre de mettre en valeur certains détails ou bien de « mettre à plat » un secteur qui tourne, par exemple un pilier. C’est encore un travail long, il me faut plusieurs journées pour dessiner une falaise avec beaucoup de voies, sans compter les heures sur ordinateur pour tout redessiner à la souris. J’ai une méthode de psychopathe pour essayer de respecter les proportions : d’abord, lors des journées de grimpe, mesurer la hauteur des relais avec une corde calibrée et marquée tous les 5 m et noter la hauteur des relais proches les uns par rapports aux autres ; ensuite dérouler une multi-décamètre au pied de la falaise pour dessiner le pied de la falaise avec les distances horizontales des départs de voies, repères marquants et position de la verticale des relais ; placer ensuite les relais grâce à leur hauteur connue ; dessiner les voies et les détails du rocher. Vite dit mais pas facile, d’autant plus quand le pied de la falaise est en pente !

Témoignages de la communauté

 

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