Une vie, où tout a été impacté par la pratique d’un loisir, à résumer … c’est un challenge que l’on me demande là !

Car en effet, famille, amis et carrière professionnelle furent largement influencés par cette addiction ! Entre divorce, enfant qu’on ne voit pas grandir, et refus du pacte social qui construit une carrière … elles sont pourtant passées cette existence et ces 50 années 100% consacrées égoïstement à l’alpinisme et l’escalade !

Mon manque de capacité à faire la moindre concession, un égo peut être à tort sur dimensionné, ajouté à un égoïsme évident m’ont sans doute coûté beaucoup … J’assume, au crépuscule de ma vie, ces choix car j’ai conscience qu’ils n’en étaient pas ! C’est plutôt dans les névroses de l’enfance qu’il me faudrait chercher les raisons de cette pathologie !

Seule la vie nous éclaire vraiment pour répondre à nos questions existentielles et quand on réalise au pied du Nanga Parbat, que n’est pas Messner qui veut … on se rabat alors sur Presles ou Buoux, en continuant de jouer un personnage mais sans se leurrer !

Je suis né le 25 juin1950, à Sainte Foy les Lyon dans la banlieue Lyonnaise. Peu sportif durant mon enfance, je n’ai jamais rêvé ni de montagne, ni d’escalade. Après une adolescence “soixante-huitarde”, plus bad boy que sportif, mon goût pour la montagne se révéla au service militaire, accompli en 1970/1971 sur Grenoble à la 77ème Compagnie de Transmissions.

Quittant l’armée en avril 1971 il m’a fallu regagner Paris, où un récent concours administratif m’avait expédié, comme agent des Services Fiscaux. Marié en 1970, durant l’armée, la vie de fonctionnaire peu enthousiasmante, allait faire naître le désir de perfectionner mes connaissances militaires.
L’été 1971, j’ai donc entamé ma première campagne alpine, seul et sans réelles connaissances, Les saisons alpines se sont ensuite succédées. Du ski de rando bien sûr, mais aussi des classiques alpines … comme le pilier sud des Ecrins la première année !

Pour raconter aux nouvelles générations ” comment c’était avant “, il faut commencer par une analyse historique, en ayant conscience que nul ne pourra ressentir les émotions d’une autre époque. Et ce d’autant plus que l’évolution fut exponentielle. Les alpinistes de mon époque avaient, je pense, plus de complicité avec Tita Piaz, qu’ils n’ont d’affinité avec les actuels grimpeurs/alpinistes.

En 1972, lorsque j’attaque mes premières ouvertures dans les Préalpes, les coinceurs ne sont pas imaginés, les baudriers sont complets et rudimentaires, les dégaines n’existent pas, la corde simple n’est pas de mise, la corde de rappel standard est de 60m, la cotation réservée à l’élite est le VI en chiffre romain (notre 6b actuel). Rares sont les escalades qui se conçoivent sans un marteau et quelques pitons, équiper une voie par le haut même sur des falaises minuscules n’a été envisagé par personne, le spit auto forant est absent du catalogue… Les compressions utilisés par les Suisses au Bouclier étant d’un maniement difficile, ils furent exceptionnels. Il est intéressant de noter que ce ne sont pas les mentalités qui évoluèrent mais plutôt la technologie qui modifia les comportements… et les perceuses à pile en sont le reflet absolu.

Autre différence assez fondamentale, l’alpinisme est un tout. Depuis le ski de rando l’hiver jusqu’aux vacances d’été à Chamonix c’est une continuité… On grimpe en Vercors (même à Presles) comme à Chamonix mais aussi comme à Buis les Baronnies, les Calanques ou Buoux.

Sans raison éthique, les premières ne se gravissent que du bas, même en école (sans doute par manque d’imagination).
La météo n’existe qu’en discutant avec les locaux et les topos de toute la France tiennent dans une boîte à chaussures ! Voilà le décor…

Le Vercors représente d’abord un terrain d’entraînement … juste après les Calanques à Pâques, il donne une certaine confiance pour affronter une montagne où la technicité est bien moindre. Celui qui passait sans bivouac au pilier Livanos d’Archianne pouvait envisager les grandes faces nord… car ce qui rebute les alpinistes de l’époque c’est bien plus l’annonce technique de certains passages (les dalles grises de la Walker par exemple) que l’engagement ou le mixte… Le cinquième degré est une cotation qui pose la question de… pourrais-je faire le passage ?
Fréquenter le Vercors pour les grimpeurs de ma génération, est également motivant, car le calcaire nous renvoie l’image valorisante du pur grimpeur, en opposition à celle du lourd montagnard associé au granit…

Aujourd’hui un jeune grimpeur avide de reconnaissance annoncera timidement qu’il a réalisé un 8c+ … En 1970, j’avais 20 ans, et annoncer aux quadragénaires de l’époque, que nous avions réalisé le spigolo aux Deux Sœurs, ou l’Arc de Cercle au Gerbier, alors là on était invité à rejoindre les meilleurs pour partager les projets de premières.

Avec comme défaut (ou qualité) une certaine ambition c’est donc le sentier que j’ai suivi avec divers camarades, de Jean-Marcel Chapuis en passant par Daniel Lacroix pour finir avec ma compagne Renée Guérin… rejoignant ainsi un peu le modèle qui dirigea ma modeste carrière ” Livanos le magnifique… et Sonia ” !

 

Presles a toujours été pour moi une falaise école…. sans rapport avec le Vercors classique, même si les voies furent équipées du bas jusqu’en 1980, c’est pourtant ici que ma petite notoriété c’est construite … alors même que pour mon regard c’était une falaise sans ampleur !

Successivement, mes amis disparaissaient en montagne! A partir de 1985, j’ai donc délaissé l’alpinisme pour me consacrer uniquement à l’escalade sportive. L’escalade fut alors le support indispensable aux nombreux voyages que nous avons réalisé avec Renée GUERIN, ma compagne de cordée depuis 1982. Le 30 juin 2007 en présence de nos enfants, (témoins), et petits enfants …nous avons “officialisé” définitivement la cordée!

Mes prises de positions sans concession dans certains textes polémiques… ne m’ont pas fait que des amis ! Mais je me refuse à bêler dans le sens du vent et c’est une certitude que si à mes débuts la mentalité « bien-pensante » des pratiquants, avait été celle qui prévaut de nos jours … je n’aurais pas été attiré par cette activité !

N’ayant plus trop l’intention de les utiliser, en 2013, j’ai recherché dans mon matos les vieux coinceurs très spéciaux pour en faire don au musée de Stéphane Pennequin … (avec des trucs aussi rares et inutiles que le jeu de Crack’n Ups de Chouinard) ainsi ils participeront à mon désir de garder une trace de l’histoire de notre pratique!

C’est cette notion de trace qui me pousse à rédiger ces lignes, largement tirées de mon site perso, justement construit pour ce motif !

Si je randonne encore beaucoup je ne grimpe pratiquement plus et j’ai posé le perfo sans doute définitivement l’an dernier à Kalymnos ! Et pour tout résumer reste le nom de ma dernière voie équipée à Presles … L’avenir derrière soi !

Bruno FARA

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